Ma démarche explore la porosité entre le réel et le perçu, entre ce qui existe matériellement et ce qui n’existe que dans l’image. J’interroge la manière dont notre perception individuelle façonne notre compréhension du monde, et je me tiens en équilibre sur la ligne entre le tangible et l'indicible.

Mon processus repose sur des allers-retours constants entre la fabrication manuelle et la manipulation technologique. Je conçois des formes à l’aide d’un logiciel de modélisation 3D, tout en créant de petites sculptures à base de pâte à modeler maison ou d’argile polymère. Ces deux univers, celui du bricolage instinctif et celui du contrôle numérique, se rejoignent dans des collages photographiques où il devient presque impossible de les distinguer l’un de l’autre.

C’est ce va-et-vient entre les médiums qui me permet de dépasser la froideur et le contrôle excessif de l’image numérique. J’essaie par tous les moyens d’y insuffler une âme, une fragilité, par l’intégration d’imperfections et par un retour à la matérialité. Je me plais à me placer dans des zones d’expérimentation où je ne maîtrise pas tout, où le hasard et la maladresse peuvent intervenir.

Je cherche plus que tout à créer un effet d’envoûtement, en entraînant la spectatrice dans un espace nouveau, indéfinissable, où tout est possible. L’espace liminal est un espace symbolique, toujours en mouvement même si l’image semble fixe.

Au-delà du questionnement philosophique, ma recherche est donc avant tout une quête symbolique: comment concocter une image qui saura ouvrir une brèche dans la psyché de celle qui l’observe? C’est ce contact générateur que je cherche, pour inviter l’autre à se perdre, un instant, dans l’incertitude fertile de ce qu’iel regarde.